Entreprises concernées par la CSDDD : seuils après l'Omnibus (2026)
Deux régimes coexistent, et il ne faut pas les confondre. La loi française de 2017 vise les sociétés françaises de 5 000 salariés en France (ou 10 000 dans le monde) : elle est déjà pleinement en vigueur. La CSDDD européenne, réécrite par l'Omnibus I (directive (UE) 2026/470, en vigueur depuis le 18 mars 2026), retient un seuil unique de 5 000 salariés et 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires mondial, pour une application en 2029.
Si vous tapez « entreprises concernées CSDDD » dans un moteur de recherche, vous tombez probablement encore sur des tableaux à trois vagues, des seuils de 1 000, 3 000 ou 5 000 salariés. Ces chiffres décrivaient la directive (UE) 2024/1760 telle qu'adoptée en 2024. Ils ont été abrogés en bloc par le paquet « Omnibus I », et une bonne partie du web n'a tout simplement pas été mise à jour depuis. Ce texte s'applique-t-il encore aux entreprises de 1 000 salariés dès 2029, comme on le lit partout ? Non — ce seuil n'existe plus.
Deux textes, deux logiques, une seule question de départ
Avant de regarder le moindre seuil, il faut distinguer deux obligations qui n'ont ni la même origine ni le même calendrier. La première existe depuis 2017 : c'est la loi française sur le devoir de vigilance, codifiée à l'article L225-102-4 du Code de commerce (voir notre décryptage du texte), et elle continue de s'appliquer indépendamment de ce qui se décide à Bruxelles. La seconde est la CSDDD, directive européenne dont le contenu vient d'être profondément remanié. Une entreprise peut relever de l'une, de l'autre, des deux à la fois, ou d'aucune — tout dépend de sa taille, de son chiffre d'affaires et de la localisation de ses effectifs.
Ce qui a réellement changé avec l'Omnibus I
Le paquet Omnibus I n'est pas un texte unique : il s'est traduit par deux directives distinctes, adoptées à des moments différents, et confondre les deux explique une bonne partie des informations obsolètes en circulation. La directive (UE) 2025/794, dite « stop-the-clock », publiée au Journal officiel de l'UE le 16 avril 2025, s'est contentée de reporter des dates — elle n'a modifié ni les seuils ni le régime de sanctions. C'est la directive (UE) 2026/470, publiée le 26 février 2026 et entrée en vigueur le 18 mars 2026, qui a réécrit le fond du texte : seuils, calendrier définitif et plafond des sanctions.
Résultat : la directive (UE) 2024/1760 dans sa version d'origine n'a plus qu'une valeur historique pour comprendre d'où vient le texte. Si une page que vous consultez mentionne encore trois vagues d'application entre 2027 et 2029, elle décrit un texte qui n'existe plus sous cette forme.
Le tableau que vous avez peut-être déjà vu ailleurs — et sa version à jour
| Critère | Directive 2024/1760 (version d'origine, abrogée) | Après l'Omnibus I (directive 2026/470) |
|---|---|---|
| Nombre de vagues | 3 vagues (2027, 2028, 2029) | Une échéance unique |
| Seuils salariés | 1 000 / 3 000 / 5 000 selon la vague | 5 000 salariés (seuil unique) |
| Seuil de CA net mondial | 450 M€ / 900 M€ / 1,5 Md€ selon la vague | 1,5 Md€ (seuil unique) |
| Entreprises de pays tiers | Seuil de CA dans l'UE différencié par vague | 1,5 Md€ de CA net réalisé dans l'UE, sans critère de salariés |
| Première date d'application | 26 juillet 2027 (vague 1) | 26 juillet 2029 (date unique) |
Sources : directive (UE) 2024/1760, directive (UE) 2026/470 et page officielle de la Commission européenne.
Loi française de 2017 et CSDDD post-Omnibus : le comparatif
C'est la question qu'on nous pose le plus souvent : si mon entreprise échappe à la CSDDD, est-elle vraiment tranquille ? Pas forcément, parce que le régime français de 2017 a ses propres seuils, indépendants de ceux fixés à Bruxelles.
| Critère | Loi française 2017 (art. L225-102-4) | CSDDD post-Omnibus (directive 2026/470) |
|---|---|---|
| Champ d'application | Sociétés par actions (SA, SCA…) ayant leur siège en France | Sociétés de l'UE et de pays tiers dépassant les seuils |
| Seuil salariés | 5 000 en France (société + filiales) ou 10 000 dans le monde | 5 000 salariés, apprécié au niveau du groupe |
| Seuil chiffre d'affaires | Aucun seuil de CA | 1,5 Md€ de CA net mondial (1,5 Md€ de CA net dans l'UE pour les entreprises de pays tiers, sans critère de salariés) |
| En vigueur / application | Depuis 2017, seuils appréciés sur deux exercices consécutifs | Transposition au 26 juillet 2028, application au 26 juillet 2029 |
| Sanction maximale | Pas de sanction pécuniaire (l'amende prévue en 2017 a été censurée) ; réparation civile et injonction sous astreinte possibles | Plafond de 3 % du chiffre d'affaires net mondial |
Sources : loi n°2017-399, décision n°2017-750 DC du Conseil constitutionnel et page officielle de la Commission sur la CSDDD.
Un détail que peu d'articles mentionnent : la loi de 2017 prévoyait à l'origine une amende civile pouvant atteindre 10 millions d'euros. Le Conseil constitutionnel l'a censurée pour imprécision de l'infraction, si bien qu'aujourd'hui le non-respect du devoir de vigilance français expose à une action en responsabilité civile — réparer le préjudice que la vigilance aurait évité — plutôt qu'à une amende chiffrée. La CSDDD, elle, assume un plafond de sanction pécuniaire clairement fixé.
Auto-diagnostic en sept étapes : à quel régime appartenez-vous ?
Plutôt que de comparer des tableaux dans tous les sens, suivez cet arbre de décision dans l'ordre.
- Votre société est une SA, SCA ou forme assimilée avec siège en France ? Passez à l'étape 2. Sinon, la loi de 2017 ne vous concerne pas directement — allez à l'étape 4.
- Vous employez au moins 5 000 salariés en France, vous-même et vos filiales directes ou indirectes confondues ? Vous êtes potentiellement soumis à la loi de 2017, à condition que ce seuil soit atteint sur deux exercices consécutifs.
- Vous n'atteignez pas ce seuil en France mais dépassez 10 000 salariés dans le monde ? Le second seuil de la loi de 2017 s'applique dans les mêmes conditions de durée.
- Votre groupe emploie au moins 5 000 salariés, tous pays confondus ? Passez à l'étape 5. Sinon, vous n'êtes a priori concerné ni par la loi de 2017 ni par la CSDDD comme entité directement assujettie.
- Votre chiffre d'affaires net mondial consolidé dépasse 1,5 milliard d'euros ? Vous entrez potentiellement dans le champ de la CSDDD, avec une application prévue au 26 juillet 2029.
- Votre siège est hors UE et vous réalisez plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net dans l'Union ? Vous êtes concerné par la CSDDD au même titre, sans condition de salariés, et devrez désigner un représentant dans un État membre.
- Vous ne remplissez aucun de ces critères, mais vous vendez à un groupe qui les remplit ? Vous n'êtes pas directement assujetti — voyez la section suivante sur les effets indirects.
Fournisseur d'un groupe assujetti : ce que change (et ne change pas) l'absence de seuil franchi
Ne pas franchir les seuils ne met pas totalement à l'abri des effets de la CSDDD. Le texte impose aux entreprises soumises d'exercer leur vigilance sur leur chaîne d'activités, ce qui inclut leurs partenaires commerciaux. Concrètement, un fournisseur non assujetti peut recevoir des questionnaires de conformité, des clauses contractuelles renforcées ou des demandes d'audit de la part d'un donneur d'ordre qui, lui, doit rendre des comptes à un régulateur. Ce n'est pas une obligation légale qui pèse directement sur ce fournisseur au titre de la CSDDD — c'est une conséquence commerciale de l'obligation qui pèse sur son client. La nuance compte : en cas de désaccord sur l'étendue d'une demande, le fournisseur négocie un rapport contractuel, pas une obligation réglementaire qui lui serait propre.
Groupe, filiales, société mère : qui porte concrètement l'obligation ?
Pour la loi française, l'article L225-102-4 est explicite : les effectifs de la société et de ses filiales directes ou indirectes sont additionnés, que le siège de ces filiales soit en France ou à l'étranger selon le seuil retenu. Une filiale qui, prise isolément, ne remplirait aucun des deux seuils peut donc se retrouver couverte parce que sa maison mère l'est. Pour la CSDDD, le principe d'une appréciation au niveau du groupe existe également, mais la répartition précise des responsabilités entre société mère et filiales en droit français relèvera de la loi de transposition attendue d'ici le 26 juillet 2028 — un point à surveiller plutôt qu'à anticiper avec certitude aujourd'hui. Notre suivi de la transposition en droit français est mis à jour au fil des textes publiés.
Ce qu'il reste à vérifier avant 2029
La Commission doit encore publier des lignes directrices — une échéance annoncée pour le 26 juillet 2027, complétée par un second jeu de lignes directrices au 26 juillet 2028. Ces documents préciseront des points que le texte actuel laisse ouverts : méthodologie de calcul du chiffre d'affaires consolidé, articulation avec les secteurs à risque, contenu attendu des plans de vigilance. Si votre entreprise est proche des seuils, mieux vaut suivre ces publications officielles que se fier à des tableaux que d'autres sites n'ont pas corrigés depuis l'adoption du texte initial en 2024.
Pour une vue d'ensemble de la directive, notre guide complet de la CSDDD détaille les obligations de fond. Le calendrier d'application reprend toutes les échéances à jour, et notre analyse des sanctions du devoir de vigilance compare les deux régimes en détail.
Questions fréquentes
Pourquoi tant de sites mentionnent-ils encore trois vagues d'application de la CSDDD ?
Ces contenus décrivent la directive (UE) 2024/1760 dans sa version d'origine, adoptée en 2024. Le paquet Omnibus I l'a modifiée en deux temps : la directive 2025/794 a reporté les dates, puis la directive 2026/470, en vigueur depuis le 18 mars 2026, a supprimé les trois vagues au profit d'un seuil et d'une échéance uniques.
Quel est le seuil CSDDD applicable après l'Omnibus ?
Pour les entreprises de l'UE : au moins 5 000 salariés et 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net mondial, de façon cumulative. Pour les entreprises de pays tiers : 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net réalisé dans l'UE, sans condition de salariés. Ces seuils figurent sur la page officielle de la Commission consacrée à la CSDDD.
La loi française de 2017 sur le devoir de vigilance est-elle toujours en vigueur ?
Oui, elle n'a pas été abrogée par la CSDDD. L'article L225-102-4 du Code de commerce continue de viser les sociétés par actions employant au moins 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde, sur deux exercices consécutifs, indépendamment du calendrier européen.
Quelle est la sanction maximale prévue par la CSDDD post-Omnibus ?
Le plafond des sanctions pécuniaires est fixé à 3 % du chiffre d'affaires net mondial de l'entreprise pour les manquements les plus graves. C'est un plafond, pas un montant automatique : chaque autorité de supervision nationale reste compétente pour fixer le montant réellement infligé.
Mon entreprise est fournisseur d'un groupe soumis à la CSDDD : suis-je concerné ?
Pas directement, si vous ne franchissez aucun seuil. Mais votre client assujetti doit exercer sa vigilance sur sa chaîne d'activités, ce qui se traduit souvent par des questionnaires, des clauses contractuelles renforcées ou des demandes d'audit — une contrainte commerciale, pas une obligation légale qui vous serait propre.
Quand la CSDDD s'appliquera-t-elle concrètement aux entreprises concernées ?
La transposition en droit national est due au 26 juillet 2028, et l'application aux entreprises entrant dans le champ est fixée au 26 juillet 2029. Ces dates résultent de la directive 2026/470 et remplacent le calendrier en trois vagues du texte de 2024.
Les entreprises non européennes peuvent-elles être concernées par la CSDDD ?
Oui. Une entreprise dont le siège est hors UE entre dans le champ dès lors qu'elle réalise au moins 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires net dans l'Union, sans condition de nombre de salariés. Elle devra alors désigner un représentant autorisé dans un État membre.