Plan de vigilance 2026 : contenu obligatoire, modèle et sanctions pour les entreprises

En 2026, le plan de vigilance est au cœur d'une double obligation pour les grandes entreprises françaises : la loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 (toujours en vigueur) et la directive européenne CSDDD (2024/1760) dont la transposition française est attendue d'ici 2027. Les entreprises déjà soumises à la loi de 2017 ont intérêt à anticiper les exigences supplémentaires de la CSDDD — en particulier le plan de transition climatique et le mécanisme de plainte formalisé.

Entreprises concernées par le plan de vigilance en 2026

En 2026, la loi française de 2017 s'applique aux sociétés dont le siège social est en France et qui emploient, à la clôture de deux exercices consécutifs :

CritèreSeuil loi française 2017Seuil CSDDD (à partir de 2027)
Salariés en France5 000 salariés— (critère mondial)
Salariés dans le monde10 000 salariés1 000 salariés (phase 1, 2027)
Chiffre d'affaires mondialPas de seuil450 M€ (phase 1)
Périmètre filialesGroupe entierGroupe + partenaires commerciaux directs et indirects
Sociétés de pays tiersNon concernéesOui, si CA UE > 450 M€

Environ 300 groupes sont actuellement soumis à la loi française. La CSDDD élargira ce périmètre à plusieurs milliers d'entreprises en Europe d'ici 2028.

Contenu obligatoire du plan de vigilance — liste exhaustive

Voici les 7 rubriques que doit comporter un plan de vigilance conforme en 2026, selon la loi française (art. L. 225-102-4 C. com.) et par anticipation de la CSDDD :

  1. Politique de vigilance de l'entreprise : engagement formalisé, approuvé par le Conseil d'administration ou la direction générale, décrivant l'approche globale, les priorités sectorielles et les ressources allouées. La politique doit être mise à jour annuellement.
  2. Cartographie des risques : identification et hiérarchisation des risques réels et potentiels d'atteintes graves aux droits humains (travail forcé, travail des enfants, discrimination, sécurité) et à l'environnement (pollution, déforestation, biodiversité, climat), pour l'ensemble de la chaîne de valeur.
  3. Procédures d'évaluation des filiales et fournisseurs : questionnaires de due diligence, audits sociaux et environnementaux, outils de notation des fournisseurs. La CSDDD exigera des évaluations sur les partenaires indirects dès lors qu'il existe des informations substantielles sur des risques.
  4. Mesures de prévention et d'atténuation : plans d'action concrets pour les risques prioritaires identifiés. Ne pas confondre avec des engagements généraux — chaque mesure doit avoir un responsable, un calendrier et un indicateur de suivi.
  5. Mécanisme de recueil des signalements (mécanisme de plainte) : procédure accessible à tous les travailleurs et parties prenantes affectées, protégeant les lanceurs d'alerte. Peut être mutualisé avec d'autres entreprises du même secteur. La CSDDD impose que ce mécanisme soit opérationnel avant la soumission du premier plan.
  6. Dispositif de suivi des mesures : indicateurs quantitatifs (nombre d'audits, % fournisseurs couverts, temps de traitement des signalements) et qualitatifs, revus annuellement.
  7. Plan de transition climatique (spécifique CSDDD, art. 22) : objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre (scopes 1, 2 et 3) alignés sur une trajectoire 1,5°C. Ce volet n'est pas encore exigé par la loi française de 2017, mais sera obligatoire avec la transposition CSDDD.
Bon à savoir : la loi française de 2017 exige une publication du plan dans le rapport annuel (ou document de référence URD). La CSDDD imposera une publication sur le site internet de l'entreprise, dans un format accessible et standardisé.

Sanctions en cas de plan de vigilance absent ou insuffisant

RégimeSanctionAutoritéConditions
Loi française 2017Injonction judiciaire (pas d'amende spécifique)Tribunal judiciaireMise en demeure préalable de 3 mois sans résultat
Loi française 2017Responsabilité civile (dommages-intérêts)Tribunal judiciaireLien de causalité avec le préjudice prouvé
CSDDD (à partir de 2027)Amende administrative jusqu'à 5 % du CA mondial netAutorité nationale de supervisionNon-conformité avérée après mise en demeure
CSDDDResponsabilité civile renforcéeTribunal judiciairePréjudice subi par des personnes affectées
CSDDDExclusion des marchés publics (possible)Autorités contractantesCondamnation définitive

Sur les sanctions en détail et les premières jurisprudences françaises, voir notre article sanctions et jurisprudence du devoir de vigilance.

Modèle de structure type pour un plan de vigilance 2026

Voici une structure documentaire opérationnelle, testée en pratique avec des groupes du CAC 40 et des ETI :

  1. Page de couverture et engagement direction : signature de la DG ou du Président, date, périmètre couvert (groupe, filiales, géographies)
  2. Résumé exécutif : 2-3 pages récapitulant les enjeux prioritaires, les mesures phares et les résultats clés de l'année
  3. Gouvernance du dispositif : organigramme de responsabilités, rôle du Comité RSE, fréquence de revue
  4. Cartographie des risques actualisée : présentation par géographie, secteur fournisseur et type d'impact. Inclure la méthodologie d'évaluation.
  5. Plans d'action par enjeu prioritaire : format tableau (mesure / responsable / calendrier / KPI / état d'avancement)
  6. Mécanisme d'alerte : description du dispositif, volume de signalements reçus l'année précédente, délais de traitement
  7. Résultats et indicateurs : bilan chiffré de l'année (audits réalisés, non-conformités détectées et traitées, formations dispensées)
  8. Perspectives et objectifs 2027 : feuille de route pour intégration CSDDD

Intégration avec les autres obligations réglementaires

Le plan de vigilance ne vit pas en silo. En 2026, il s'articule avec :

Questions fréquentes

Quelles entreprises doivent établir un plan de vigilance en 2026 ?

En 2026, la loi française de 2017 s'applique aux sociétés dont le siège est en France employant plus de 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde (sur deux exercices consécutifs) — soit environ 300 groupes. La directive CSDDD, transposée d'ici 2027, étendra l'obligation aux entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 M€ de CA mondial.

Un plan de vigilance doit-il être publié chaque année ?

Oui. La loi de 2017 exige une publication annuelle dans le rapport de gestion (ou document URD). La CSDDD imposera en outre une publication sur le site internet de l'entreprise dans un format standardisé. Le non-respect de cette obligation peut entraîner une injonction judiciaire.

Quelle différence entre plan de vigilance et rapport CSRD ?

Le plan de vigilance décrit les mesures opérationnelles pour prévenir les atteintes aux droits humains et à l'environnement. Le rapport CSRD (selon les normes ESRS) est une déclaration de durabilité plus large, couvrant aussi la stratégie climatique, la gouvernance ESG et l'impact économique. Les deux doivent être cohérents : les risques identifiés dans le plan de vigilance alimentent les informations publiées dans le rapport CSRD.

Quelles sanctions en cas de plan de vigilance insuffisant ?

Avec la loi française de 2017 : injonction judiciaire et responsabilité civile si un dommage est prouvé. Avec la CSDDD (à partir de 2027) : amendes administratives jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires mondial net, responsabilité civile renforcée et possible exclusion des marchés publics.