CSRD reporting : comment préparer son rapport de durabilité
Le reporting CSRD : un exercice nouveau et exigeant
Pour la plupart des entreprises qui y sont soumises pour la première fois, le reporting CSRD représente un exercice substantiellement plus complexe que la DPEF précédente. Les normes ESRS sont plus détaillées, la double matérialité impose un processus d'évaluation rigoureux, et la vérification externe rehausse le niveau d'exigence en matière de documentation.
Préparer son premier rapport CSRD demande généralement 9 à 18 mois de travail préalable. Voici un guide pratique pour structurer cette démarche.
Étape 1 : Gouvernance et organisation du projet
Le reporting CSRD implique de nombreuses fonctions de l'entreprise. La première étape est de mettre en place une gouvernance projet claire :
- Nommer un chef de projet (souvent le directeur RSE ou directeur financier selon l'organisation) ;
- Constituer un comité de pilotage avec la direction générale, les fonctions RSE, finance, RH, juridique, achats, opérations ;
- Allouer des ressources dédiées : le reporting CSRD ne peut pas être géré comme une tâche secondaire par des équipes déjà sollicitées ;
- Définir le calendrier en remontant depuis la date de publication du rapport annuel.
Étape 2 : Évaluation de la double matérialité
L'évaluation de la double matérialité est la pièce maîtresse du reporting CSRD. Elle détermine quels sujets ESRS doivent être couverts dans le rapport. Ce processus comprend :
- Identification de l'univers des sujets potentiellement matériels : passer en revue l'ensemble des sujets couverts par les ESRS et identifier ceux qui pourraient être pertinents pour votre secteur et vos activités ;
- Consultation des parties prenantes : salariés, investisseurs, clients, fournisseurs, ONG, représentants des communautés locales ;
- Analyse des impacts (matérialité d'impact) : pour chaque sujet potentiel, évaluer la gravité et la probabilité des impacts positifs et négatifs ;
- Analyse des risques et opportunités (matérialité financière) : évaluer l'incidence sur la performance financière à court, moyen et long terme ;
- Validation par la direction et documentation du processus.
L'évaluation de double matérialité n'est pas un exercice à réaliser une seule fois : elle doit être revue annuellement pour tenir compte des changements de contexte, des nouvelles informations et des évolutions de la stratégie.
Étape 3 : Inventaire des données disponibles
Une fois les sujets matériels identifiés, l'entreprise doit recenser les données disponibles pour renseigner les indicateurs ESRS correspondants. Cet inventaire révèle souvent des lacunes importantes :
- Données environnementales manquantes ou non systématiquement collectées (consommations d'énergie, émissions scope 3, consommation d'eau, déchets) ;
- Données sociales dispersées dans différents systèmes (SIRH, données de sécurité au travail, données formation) ;
- Données chaîne de valeur très parcellaires (émissions scope 3 catégories 1-15, conditions de travail fournisseurs) ;
- Absence de processus de collecte systématique pour certains indicateurs.
L'identification de ces lacunes permet de prioriser les investissements en systèmes d'information et en processus de collecte avant la première publication.
Étape 4 : Choisir ses outils de reporting
Plusieurs catégories d'outils peuvent soutenir le reporting CSRD :
- Logiciels de reporting ESG : Sweep, Greenly, Greenfish, Sustain.Life, Workiva. Ils centralisent la collecte des données, facilitent les calculs et génèrent les rapports ;
- Outils de calcul des émissions GES : calculateurs bilan carbone, outils de calcul scope 3 ;
- Plateformes de gestion fournisseurs : EcoVadis, Sedex — pour collecter les données des fournisseurs nécessaires à ESRS S2 ;
- Outils de cartographie des risques : pour ESRS E4 (biodiversité), ESRS E3 (eau), et les risques physiques liés au changement climatique.
Étape 5 : Rédaction et structure du rapport
Le rapport de durabilité CSRD doit être inclus dans le rapport de gestion, dans une section clairement identifiée. Il suit la structure des ESRS pertinents :
- ESRS 2 (obligatoire) : gouvernance, stratégie, gestion des impacts-risques-opportunités, métriques et cibles ;
- ESRS thématiques identifiés comme matériels : chaque norme a sa propre structure avec des exigences de publication et des indicateurs spécifiques.
Le rapport doit être rédigé dans un langage clair et précis, accessible à des lecteurs non spécialistes, tout en étant suffisamment technique pour satisfaire aux exigences de vérification externe.
Étape 6 : Vérification externe
La vérification doit être organisée avec le commissaire aux comptes ou l'OTI accrédité :
- Commencer les discussions dès le début du processus de préparation ;
- Partager la documentation sur la double matérialité et les indicateurs choisis ;
- Préparer les preuves documentaires pour les indicateurs clés ;
- Anticiper les questions et les demandes de clarification.
Retour d'expérience : les pionniers de la phase 1
Les entreprises de la phase 1 (exercice 2024, publication 2025) ont livré des retours instructifs. Danone, déjà rompue au reporting GRI et en tant que société à mission, a estimé l'effort de transition vers les ESRS à 18 mois de travail avec une équipe dédiée de 8 personnes. Les points de friction principaux : la collecte des données scope 3 (émissions de la chaîne de valeur) et la documentation de la double matérialité avec un formalisme suffisant pour la vérification externe.
Schneider Electric, souvent citée comme référence en matière de reporting ESG, a souligné que l'alignement entre les données GRI existantes et les exigences ESRS n'était pas automatique — environ 40 % des indicateurs ESRS nécessitaient des données nouvelles ou restructurées.
Erreurs fréquentes des premières publications CSRD
- Sous-estimer le temps de préparation : ne pas commencer 6 mois avant suffit rarement ;
- Négliger la double matérialité : réaliser une évaluation superficielle crée des lacunes dans le rapport ;
- Ignorer la chaîne de valeur : ESRS S2 et les indicateurs scope 3 nécessitent des données fournisseurs difficiles à obtenir ;
- Reproduire la DPEF : le niveau de détail et les indicateurs ESRS vont bien au-delà de ce qui était requis en DPEF ;
- Oublier le format numérique : le rapport doit être balisé en iXBRL pour alimenter les bases de données réglementaires.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser les normes GRI pour satisfaire aux exigences CSRD ?
Non directement : la CSRD impose les ESRS comme normes obligatoires. Cependant, l'EFRAG a travaillé à assurer une interopérabilité entre ESRS et GRI. Les entreprises qui reportaient déjà selon les GRI peuvent capitaliser sur ce travail pour réduire l'effort supplémentaire, mais elles doivent bien vérifier les différences entre les deux cadres, notamment sur la double matérialité.
Combien d'indicateurs une entreprise doit-elle publier sous la CSRD ?
Le nombre d'indicateurs varie selon les sujets identifiés comme matériels lors de l'évaluation de double matérialité. ESRS 2 (obligatoire pour toutes) contient à elle seule plusieurs dizaines d'indicateurs. Une entreprise ayant cinq sujets thématiques matériels pourrait devoir publier plusieurs centaines d'indicateurs au total. La matérialité permet d'alléger cette charge en excluant les sujets non matériels.
Quand faut-il commencer à préparer son rapport CSRD ?
Idéalement, 12 à 18 mois avant la date de publication du premier rapport. Pour les entreprises entrant dans la phase 2 (exercice 2025, publication en 2026), les préparatifs devaient idéalement commencer en 2024. Pour celles qui n'ont pas encore commencé, l'urgence est réelle et l'accompagnement par un cabinet spécialisé peut être indispensable.